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- EUROPEAN FINALS - Santa Pod (GB) - 6 et 7 Septembre 2008 : L'INTEGRALE, par Didier "Fox" Renard
« Fox, on fait 2 pages sur les European Finals de Santa Pod ! »
« Chef, oui Chef ! »
…
« Fox ! J’ai dit 2 pages, pas 20 ! »
« … j’ai glissé, Chef ! »
Imaginez un peu le topo : vous déboulez à Avoriaz, muni votre snowboard affûté, pensant trouver la super poudreuse qui va faire de vous le king de la piste noire …
Et là, merdouille : rien, pas un iota de flocon !
A la place, des rubans de bitume, noirs et inhospitaliers…
Pire : vous foncez vers la plage de Tréguennec (Finistère) , avec votre bouée-canard favorite et vos palmes, et là, rien non plus ! Pas d’eau ! La fameuse fonte des glaces annoncée par tous les climatologues n’a pas eue lieu, et y’a pas un atome liquide pour barboter ! Par contre, y neige…
Encore pire : vous débarquez à Santa Pod pour voir les finales du championnat européen, et là, à l’endroit de la piste, là où devraient s’affronter les guerriers du cheval-vapeur, sur ce magnifique macadam tartiné de colle à pneu, y’a des jet-skis qui rivalisent d’adresse en faisant des vagues de trois mètres !!!
C’est a peu prés ce que j’ai vécu en ce premier week-end de Septembre…
Hoo bien sur, vous allez me dire que ces quelques 250 bornes (sur 500…) faites sous la flotte auraient du me mettre la puce à l’oreille…
Certes, vous allez me dire aussi que j’aurais pu jeter un coup d’œil sur la météo internationale, que j’y aurais vu que ça s’annonçait gravement merdique pour ce week-end, mais bon, que voulez vous… Imaginer que j’aurais pu finir l’année sans avoir pris ma dose de nitrométhane annuelle étant totalement impossible, il fallait bien y aller ! Ca confine au religieux, là, on peut pas lutter contre ses convictions !
Surtout que la dernière épreuve est quand même le point d’orgue du championnat !!
Mais quand même… Quand vous arrivez au fin fond de la campagne anglaise, et que le terrain de camping ressemble plus à un meeting de swamp-buggies, que le paddock a des allures de Woodstock (mais en pire…) et que les seuls véhicules aptes à sortir du pit sont des 4x4 (et encore : des gros !), avouez que le moral en prend un vieux coup derrière la casquette…
Si je n’avais pas réservé ma place par téléphone depuis un mois, je me demande si je n’aurais pas fait demi-tour, là, tout de suite, devant la porte !!
Grâce à quelques indics dans la place, je sais pertinemment qu’il vase sans discontinuer depuis trois jours, et que d’après les autochtones, ça risque pas de s’améliorer avant dimanche, au mieux…
Autant dire qu’alors que je monte ma tente dans un marécage putride, je me dis que le week-end s’annonce, comment dire…heu…foireux !
Il est 9h30 heure locale, cette nuit, j’ai dormi comme un clodo sur une aire d’autoroute, roulé en boule sous ma moto et seul un « english breakfast » pourra me remonter le moral…
Coup d’œil sur la piste : une balayeuse, suivie de prés par un camion aspirateur tente de faire sécher le bitume…
Peine perdue : à chaque fois que l’on pense que c’est gagné, une averse vient tout foutre par terre !
Au moins, on a le temps de faire le tour du paddock et de fouiner dans les stands, on est sûr de pas déranger les mécanos ! Pas un engin, de quelque catégorie que ce soit, n’a même démarré depuis trois jours ! Les gars sont sur le qui-vive, jamais loin de la caisse à outils, des fois que… Mais le ciel gris métal sombre-foncé n’est pas annonciateur d’une accalmie…
Les funny cars sont désossés, les top fuel sont sur chandelles, les promods et prostocks sont bâchés, et le cortège des autres « petites » catégories est livré à lui même, qui sous un parapluie, qui sous un p’tit barnum, qui sous…la flotte !
Jamais l’appellation « siège baquet » n’aura été mieux employée qu’ici !!
Quelle tristesse !
Le gars qui a eu le nez creux, c’est celui qui vend des bottes en caoutchouc ! Son stand jouxte celui du mec qui a tout faux : lui, il vend des lunettes de soleil ! Raté…
Les cabanes qui vendent de la bouffe et des boissons chaudes sont pleines à craquer, les files interminables…Y fait un froid de canard, par dessus le marché…
Le marchand de glace, perdu au milieu de la foule, doit se sentir bien seul, lui aussi…
D’ailleurs, son camion est vide… Il a du aller se saouler la gueule avec le marchand de lunettes, au bar Guinness…
Les deux seuls stands où il y a un semblant de chaleur humaine sont ceux d’un magazine de charme britannique et le podium Toyo Tires… La présence de splendides créatures aux formes suggestives n’est sûrement pas étranger à cet état de fait…
Mais bon, faut être franc, il est bientôt 16h, et à part compter les gouttes d’eau qui tombent dans une mare, et établir des statistiques là-dessus, y’a rien à se foutre sous la dent…
On y a bien cru, à un moment, quand la piste a été déclarée OK et que les motos ont été appelées en pré-grille ! Pro-Stock, Top Fuel, Funny-Bike et Super Twin se sont entassés pêle-mêle dans un joyeux foutoir, au ras de la piste...
Mais rien n’y fit : la pluie est revenue, comme pour narguer le public clairsemé qui s’étalait sur la butte longeant la piste côté droit…
Inutile de vous dire que les « grand stands », les tribunes dont l’accès coûte la bagatelle de 9 livres, n’ont pas fait recette, aujourd’hui ! J’espère surtout que les rares barjots qui ont pris des billets vont pouvoir s’en resservir demain, au cas où…
Au hasard d’une balade dans le paddock, je tombe sur un pilote français qui a fait le déplacement, qui s’est inscrit pour rouler, et qui poireaute désespérément depuis trois jours : Valdo Westphal est là, et même s’il a un moral d’acier, on sent bien poindre une petite lassitude !
Autant dire que, vu le programme de la journée, même si une éclaircie venait demain, le peu de temps restant à rouler sera utilisé par les grosses catégories, celles qui jouent le championnat, au détriment des autres, qui resteront clouées sous les tentes…
D’ailleurs, la partie de paddock allouée à ces « petites » catégories est en train de se vider à vue d’œil !
Les Super Street, Pro ET, Super Comp ET et autres trucs ont déserté le goudron noyé…
C’est sûr, maintenant, ils ne rouleront pas… Et merde…
Il est 21h. Un sublime feu d’artifice illumine le ciel, malgré la flotte qui tombe depuis plus de cinq heures sans la moindre interruption…
Je regagne mon marigot, me roule en boule dans un duvet mouillé, en posant mes frusques le plus haut possible dans la tente…Vu les flaques d’eau qui se forment à chaque truc qui touche le tapis de sol, je crains le pire…Surtout qu’après inspection, l’endroit où j’ai planté ma tente (je suis pas certain que « planté » soit le terme le plus adapté, j’aurais plutôt tendance à dire « amarré »…) est très proche d’un fossé, et que celui ci est plein à ras la gueule… S’il pleut cette nuit, et je vois pas pourquoi il en serait autrement, demain, je me réveille mort noyé !!
Dimanche, 6h30…
Nuit houleuse. Des creux de 5 mètres. Les embruns ont ravagé le pont. Heureusement, j’ai posé ma moto sur des planches, hier, et elle flotte à quelques encablures de mon esquif…
Je risque ma carcasse dehors… Pas beau…Pas beau du tout, même ! Mais le vent a tourné ! Donc, si les nuages qui nous ont pissé dessus hier ont été finir de se vider la vessie dans le comté voisin, y’a un peu de chance pour qu’ils repassent par ici avec la braguette fermée !
10h30… La piste est sèche ! Le ciel presque clément ! Alléluia !!
Deux top fuel sont en pré-grille ! A peine ont-ils démarré les moteurs que des gouttes se mettent tomber…
Et merde ! Si prés du but… Les deux engins vont faire un run quand même : 16 et 20 secondes !! Des engins de 7000 hp…qui roulent d’habitude en 4.6 !
Et c’est reparti à la flotte…
Au gré de mes balades dans le paddock, je croise Urs Erbacher, le sympathique ours suisse…Il n’est pas là pour rigoler, lui… Fort de l’expérience acquise lors de sa tournée aux USA, son team est impressionnant ! Très haut niveau ! Tout est à sa place, rien ne traîne, on se croirait vraiment dans un team NHRA… Malheureusement, il ne se bat pas pour le titre : il est le champion sortant, mais trop loin au classement pour espérer rattraper Andy Carter…
Une chose m’impressionne : c’est le calme régnant dans le paddock. Pas de signes d’énervement, pas de marques d’impatience, encéphalogramme plat ! Le public, ainsi que les pilotes, restent si calme que c’en est louche. Un truc comme ça à Chambley, et vous avez une émeute de la part des spectateurs, et une manif’ de la part des pilotes ! Ici, alors même que les places ne seront bien évidemment pas remboursées, même en cas de forte pluie et d’annulation totale, personne ne moufte… Il faut quand même savoir qu’en cas ultime, les places payées seront réutilisées lors d’une course ultérieure, et les biftons sont valables un an… mais je vous rappelle aussi que ce pays est surnommé « la Perfide Albion », et pas « la Super Sympa Albion », et donc qu’il suffit d’un ou deux passage d’un Jet Car, comme FireForce (qui se fout de l’adhérence, puisque c’est un réacteur à roulette…) pour pouvoir dire « Ben non, désolé, y’a eu du spectacle quand même… » et de pas appliquer la règle…
Malins et rusés, les Rosbeef !!
12h30. Le doigt de Dieu descend du ciel et fait une trouée dans la masse nuageuse ! En quelques instants, croyez le ou non, le soleil fait son apparition et instantanément, il se met à faire une chaleur à crever !! La météo anglaise reste encore pour moi, et ce malgré les années de pratique, une énigme totale !!
Le ballet des engins de séchage reprend, et en trois coups les gros, c’est torché ! Balayeuse, aspirateur, sèche-cheveux, et hop !
Inutile de vous dire que tout va se précipiter ! En quelques minutes, la pré grille va se remplir : les motos vont envahir la piste, les gradins vont être pris d’assaut, le niveau sonore va considérablement grimper, passant du ronron des groupes électrogènes au hurlement des gros V8 compressés gavés de méthanol ou nitrométhane ! Les yeux commencent à piquer, les oreilles commencent à craquer, ça devient bon !
Et justement, à ce propos, il y a décidément un monde entre les engins qui marchent à l’alcool et ceux qui adoptent le CH3 NO2 ! Je ne vous parle même pas de performances, non, juste du bruit, du ressenti : un TMD (top méthanol dragster), c’est…comment dire, comme une claque dans la gueule, un truc qui vous ratatine les tympans et vous faire perdre à tout jamais 3 dB d’audition…
Un TFD (top fuel dragster) c’est bien au delà ! Primo, le seuil de la douleur auditive est largement dépassé, ensuite, c’est aussi comme une claque dans la gueule, mais doublée d’une charge du pack des All Blacks ! Un truc qui vous colle deux crochets dans l’foie et vous piétine les tripes ! N’allez pas croire que ce sont les douces élucubrations d’un pauvre scribouillard en mal d’explication, non, non… C’est indescriptible, en fait. C’est bien au delà du simple « bruit » ! C’est palpable ! Même un sourd profond peut sursauter au départ d’un top fuel !! Alors qu’il ne le fera pas au passage d’un top méthanol…
Les promods prennent enfin la piste d’assaut.
C’est de loin ma catégorie préférée ! Des autos qui ressemblent encore à des « autos », et surtout à des « vieilles autos » !! Même si l’échelle des coques utilisées est un poil réduite par rapport au modèle original, quel bonheur de voir évoluer des Camaro 69, des Firebird 68, des Bel Air 55, le tout dans des petits 6 secondes…(6.324’’ à 231 mph pour Roger Johansson !) J’adore ces engins ! Rien que l’esthétique rend fou, avec ces ailerons monstrueux, destinés à améliorer les performances aérodynamique d’engins ayant le Cx d’un parpaing !!
Ca me ramène quelques années en arrière, où c’était ce qu’on appelait à l’époque des « Pro Comp » (des Top Methanol Dragster, de nos jours…) qui faisaient ces temps là !! Que de progrès accomplis en quelques années !!
Le championnat va voir se dessiner la victoire de Andy Carter en TFD… Le seul anglais engagé en Top Fuel Dragster va contenir la meute de Nordique, et priver Lex Joon, le seul hollandais, de la victoire, pour un petit point !! Comme prévu, Urs Erbacher voit filer sa couronne 2007 en angleterre. Magnifique Andy Carter ! 4.908 ‘’ en qualif à 293 mph… Fallait voir le public, des deux côtés de la piste, se lever comme un seul homme et applaudir à tout rompre quand le speaker, le célèbre John Price, l’a désigné comme champion européen !! Z’étaient fiers, les Godons… Lex Joon, lui, bute depuis deux ans sur la deuxième place… Doit ruminer, le gars…
En Pro Mod, le suédois Mikaël Lindhal ( jumeau parfait de Magnus, son mécano monozygote de frangin…) arrivait à Pod avec une telle avance que les petits 31 points engrangés entre deux averses vont lui suffire à empocher le titre, avec encore une belle longueur sur R. Joosten… Cela dit, voir la menaçante Camaro noire partir dans un side-by-side, rebondissant sur ses énormes pneus, et faire quasi cent mètres sur deux roues ( les deux roues droites, pas les roues arrières !!) penchée à 45 degrés à quelques centimètres du mur, sans couper, reste un spectacle qui fait froid dans l’dos !!
Le Pro Stock est quant à lui la chasse gardée des suédois, et plus particulièrement de Jimmy Alund, qui signait là son cinquième titre d’affilée !! Rien ne semble devoir lui échapper, puisqu’il finit la saison sur une pôle en 6.837’’ à 201 mph et une victoire. Pas mal !
En Top Methanol Funny Car, la domination est ici aussi totalement nordique… Et Ulf Leanders retrouvait sa couronne, perdue fin 2007 ici même, au profit de Fredrik Fagerstrom… Sa bonne étoile veillait sur lui, parce qu’avec un pauvre 7.690’’ à 208 mph qui le plaçait loin sur la grille des qualifs, c’était pas dans la poche !
La catégorie Top Methanol Dragster voyait la fin de la domination outrageuse de Dave Wilson, et le germain Peter Schöfer mettait un terme à ses cinq titres consécutifs !! Incroyable Dave Wilson, qui, avec un résultat blanc lors de la première épreuve, ne pouvait prétendre garder sa couronne…Dommage pour le british…et tant mieux pour l’allemand !
Les FFC (fuel funny cars) n’ayant pas droit de cité en championnat FIA, les pilotes présents vont faire le show, à la joie du public anglais, car la moitié du plateau est britannique ! Une fois n’est pas coutume…
Parce qu’ il faut bien l’avouer, le dragster pro européen est largement nordique ! Et ce dans toutes les catégories : Suède, Finlande, Norvège, Danemark forment le gros des troupes, immédiatement suivi par les rosbeef, bien sûr, puis les teutons, quelques hollandais, une demi poignée de suisses…et pas de français ! Et oui, pas un seul français dans les catégories majeures…
Et à peine mieux en moto, où seuls Philippe Runget en Pro Stock Bike et le désormais célèbrissime Eric Teboul en Top Fuel Bike ont fait le déplacement… C’est sûr, le paddock n’est pas envahi par l’odeur du cassoulet et du pastaga made in France (exception faite chez Valdo, que je remercie encore…)
Tiens, les motos, justement…
Voir évoluer les Super Twins, ces top fuel bicylindre de presque trois litres de cylindrée reste un moment de choix ! Et voir Svein Olav Rolfstad emmener son engin en 7.026’’ à 194 mph, c’est du grand spectacle. A lui la couronne !
En Top Fuel Bike, la fin de saison s’annonçait bien pour Ian King : leader aux points, et champion en titre, sauf grosse boulette, c’était dans la poche. Il va laisser la pôle à Sverre Dahl en 6.197’’ à 231 mph, et il va conserver son titre en profitant des mésaventures de ses petits camarades…
La catégorie Pro Stock Bike voit la victoire au championnat d’un pilote qui vient d’une île paumée entre Suède et Finlande ! Un fouillis de 6500 cailloux posés dans la mer Baltique, dont le plus grand fait 50 bornes de haut par 45 de large ! Plus petit que la Seine et Marne ! Et ils ont un champion européen en la personne de Fredrik Fredlund ! 7eme au championnat l’année dernière, il coiffe la couronne suprême pour 2008 !! Pas mal du tout !!
Et on se plaint de ne pas avoir de piste chez nous, alors que chez lui, y’a même pas de route !!
Saluons l’exploit !
Cela dit, et pour redevenir sérieux, n’ayons pas à rougir de notre « petit » trophée ATD avec ses cinq dates, tenu à bout de bras par une bande de barjots : le « grand » championnat européen n’a pas plus de courses à se mettre sous la dent ! Alors, finalement, toutes proportions gardées…
Voilà…
Le week-end est terminé…
Il va être temps de rouler en boule cette chose boueuse qui a été ma tente, de la ficeler sur cette chose crado qui a été ma moto, d’enfiler ces fringues toujours mouillées et de filer plein pot en direction de Folkestone, pour choper l’Eurotunnel.
250 bornes, deux heures devant moi, ça devrait le faire, mais faudra pas glander sur la route ni s’arrêter pisser…
Rendez vous dans un an !
Même lieu, même heure !
Et sans pluie, cette fois, s’il vous plaît, M’sieur Cadbury…
Récit et images : Didier « Fox » Renard.